Culture - Croyances


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Interreligieux à Can Tho
Date: 14/01/2019

Depuis sa fondation, Can Tho devint un lieu de cohabitation de plusieurs ethnies. La vie interreligieuse en fait son identité originale.
La Dame du Royaume (Bà Chúa Xứ) au temple Thường Thạnh (arrondissement de Cái Răng). Photo : Trần Phỏng Diều

Depuis sa fondation, Can Tho devint un lieu de cohabitation de plusieurs ethnies. Sous la dynastie des Nguyen, comme ses antécédentes, la gestion de la population ne prenait en compte que le nombre des hommes en âge de travailler (les « đinh ») pour le recouvrement annuel de l’impôt par tête. Comme les gens cherchaient à ne pas s’inscrire au registre de l’impôt par tête, les données démographiques saisies ne sont donc pas fiables. Jusqu’à 1876, Can Tho comptait 53.910 habitants (36.000 Vietnamiens dont 7.571 đinh ; 8.000 Khmers dont 1.116 đinh; 1.221 Chinois; 2 Européens). Selon Paul Alinot dans son œuvre “Géographie Générale de l’Indochine Française”, la province de Can Tho en  1915 était habitée par 214.700 personnes dont 41.320 des groupes ethniques khmers, chinois et européens). De 1876 à 1915, la population de Can Tho fut donc quadruplée. La croissance démographique était due à l’immigration. Au début du XX siècle, Can Tho devint le centre économique- administratif- financier de la rive droite du fleuve Hậu. En 1953, avant la signature des  Accords de  Genève (1954), la population de la province de Can Tho était au total 254.287 personnes (1) dont 222.660 Vietnamiens ; 15.769 Khmers ; 15.542 Chinois ; 251 Européens ; 65 Indiens.

Selon ces données, nombreuses ethnies cohabitent en paix depuis la création de Can Tho. L’interculturalité le mieux émergée est pourtant celle entre les ethnies Vietnamienne, Khmère et Chinoise parce que ce sont eux qui ont défriché la terre depuis les premiers jours et se sont réunis pour les guerres contre les agresseurs.

Les Vietnamiens, éparpillés depuis les communes citadines jusqu’aux campagnes,  jouaient le rôle le plus important dans les défrichements et la défense de la terre. Ils ont gardé les mœurs et coutumes des ancêtres et la riziculture flottante comme leur métier traditionnel tout en s’adaptant à la nouvelle vie à l’esprit libre des nomades : simplifier les rites, supprimer certaines fêtes. Les Khmers, avec les habitudes de s’installer dans les hautes terres, vivaient autour des pagodes bouddhiques du petit véhicule en architecture de l’Asie du Sud, gardaient la tradition des adeptes bouddhistes et exerçaient les métiers agricoles.  Les Chinois, bons commerçants, se concentraient dans la ville, les bourgs ou les centres des communes et hameaux. Ils étaient très efficaces dans la transformation des produits agricoles, la transformation alimentaire, les artisanaux et les affaires commerciales.

Malgré les différences dans des données démographiques, cette terre nous a montré une interculturalité nette. Le Vietnamien est devenu la langue populaire de toute la communauté. A l’inverse, les termes, les cérémonies, les outils agricoles chinois sont largement utilisés par les Vietnamiens (2). Tous ces facteurs sont les conditions préalables pour l’interreligieux.

Interreligieux                     

A l’époque de défrichements, face à une réalité naturelle rigoureuse, les Vietnamiens, conscients de leur origine, aux besoins de culture religieuse et de solidarité communautaire, faisaient des rites de culte des Divinités du Bonheur, du Dieu, du Bouddha … D’autre part, ils ont intégré les valeurs religieuses des autres pendant le processus de l’interculturalité sur cette nouvelle terre. Tout génie est représentant de l’encouragement au bien et de la renonciation au mal et digne d’être respecté par les habitants locaux et les immigrés, tout complexe d’infériorité ni de supériorité est exclu.  L’interreligieux fût notamment pour l’intensification de la force spirituelle des nomades sur la nouvelle terre. Les valeurs acquises via des processus d’échange, d’insertion, d’acculturation culturelle … sont de plus en plus accumulées pour devenir des forces ayant une influence dans la vie sociale et en ont fait l’identité culturelle locale. (3)

Dame céleste au temple Thiên Hậu (arrondissement de Cái Răng). Photo : Trần Phỏng Diều

Les peuples frères, côte à côte, se sont solidarisés pendant tout le processus de défrichements et de sédentarisation et puis dans l’exploitation de la terre domptée par la culture de riz, la pêche, l’élevage … C’est pour cette raison que, chaque culture, malgré ses propres particularités, fût influencée par d’autres. Les Kinh (Vietnamiens d’origine) et les Chinois font le culte du génie khmer NeakTa ; les Khmers et le Kinh ont la foi en Dame du royaume Bà Chúa Xứ, en Dame Ponagar des Chăm (ethnie minoritaire musulmane au delta du Mékong) et en Dame céleste des Chinois ; c’est donc un phénomène normal.

On peut trouver facilement ce croisement à n’importe quel temple à Can Tho. On y fait le culte du génie principal de son peuple mais également de ceux des autres. Les représentations de ces génies sont aussi bien variées : les personnages historiques, ceux des légendes, Guanyin, Kṣitigarbha ou d’autres génies dans les bibles des ethnies frères … Ces génies, en manifestant leur pouvoir, protègent les malheureux, encouragent le bien, détruisent le mal, neutralisent les diables, éloignent la malchance, apportent la chance, le bonheur et la sérénité à toutes les familles.

Prenons comme exemple la foi en Dame céleste, appelée Mazu Daoyi en Chine. Cette croyance, quoiqu’elle y soit très prospère, une fois importée au Vietnam par des immigrants chinois, prit des formes plus ou moins nuancées sous l’influence de nouveaux facteurs culturels. Le lieu de culte de cette déesse est Palais ou Temple de la Dame céleste ou plus populaire « Pagode de la Dame céleste ». Au Vietnam, le Dieu Guan Yu et la Dame céleste sont parfois vénérés dans un même temple, ce n’est pas le cas en Chine. Au début, la Dame céleste bénissait des commerçants chinois sur les bateaux de marchandises en pleine mer. Peu à peu, son rôle changea selon le flux d’immigration. Les Vietnamiens d’origine chinoise exerçant plusieurs métiers différents, exprimaient leurs souhaits de  logement et d’emploi stable et d’une bonne santé. La foi en Dame céleste fut ainsi, au fil du temps, au fil de l’espace, modifiée par les facteurs historiques et culturels de la région tout en gardant ses traits traditionnels. (4)

Pendant le processus de défrichements, les nomades vietnamiens se faisaient des soucis face à la nature sauvage, la peur des épidémies et des animaux dangereux était omniprésente dans leur vie quotidienne. A part de Génie de terre, ils croyaient en Génie du sol et en Divinité de la pierre des Khmers auxquels ils priaient de les protéger des dangers cachés dans un environnement rigoureux… NeakTa khmer fut vietnamisé avec une autre appellation « Ông Tà », une autre structure et des attributs d’un Génie du Sol.

NeakTa khmer a plus de pouvoirs magiques que Ông Tà vietnamien. Tandis que NeakTa est à la fois le génie des forêts, des rizières, des foyers ; le personnage méritant du village ; l’ancêtre de toute une famille ; un esprit d’origine brahmanique ; Ông Tà gère seulement des terres cultivées et n’a aucun pouvoir dans l’enceinte des habitations. (5)

L’interreligieux avec les Chăm se traduit par le culte de la Dame du Royaume et de la Dame Ponagar, les déesses les plus souvent vénérées à Can Tho.

L’interreligieux et les échanges dans d’autres domaines entre les peuples à Can Tho depuis des centaines d’années font preuve de la solidarité, de la cohabitation en paix des ethnies frères.

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Notes:

(1) Tỉnh ủy Cần Thơ (Comité provincial du Parti communiste de Can Tho) (2002), Địa chí Cần Thơ (Géographie descriptive de Can Tho), p.192-193.

(2) Địa chí Cần Thơ (Géographie descriptive de Cần Thơ), p.200-201.

(3) Huỳnh Quốc Thắng (2003), Lễ hội dân gian Nam Bộ, khía cạnh giao tiếp văn hóa dân tộc (Fêtes folkloriques du Sud, croisements des cultures), Editions Văn  hóa Thông tin, Hà Nội, p.156-158.

(4) Phan Thị Hoa Lý (2012), Sự hình thành và phát triển của tín ngưỡng Thiên Hậu (Apparition et développement de la foi en Dame céleste), magazine Văn hóa dân gian numéro 1, p.25-28.

(5) Nguyễn Hữu Hiếu (2015), Tục thờ thần qua am miếu Nam Bộ (Le culte des génies dans les temples au Sud), Editions ĐHQG Hà Nội, p.261-265.


Source : Journal Can Tho - Traduit par Trung Vu


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